Homosexualité et écritures

Je ne suis pas homosexuel, ça ne veut rien dire. Homosexualité est un terme inventé par la psychiatrie pour nommer une pathologie, une déviance, une anormalité. Je ne m’identifie pas à ces termes.

Ça ne veut rien dire, être homosexuel. Je suis ne pas attiré par tous les hommes — ce serait bien fatigant —, mais seulement par certains, à un temps donné, sur un temps donné.

Seulement c’est plus simple, nommer pour classer, placer dans des catégories pour désigner plus aisément. L’homme est friand des qualifications performatives, il en use désespérément jusqu’à en épuiser le jus.

Homosexuel n’existe pas au même titre qu’hétérosexuel. Il n’existe qu’en tant qu’opposition à une norme préétablie ; si la norme n’est plus considérée comme telle, son opposition n’a plus de raison d’exister.

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Nous ne sommes pas si singuliers qu’ils voudraient qu’on le soit. La singularité se décline inégalement selon les individus et les environnements. J’ai grandi dans un espace totalement normé, où, l’anormal, c’est-à-dire moi, désigné comme tel avant même que je le réalisasse, suscitait indistinctement quelques réactions parmi : pitié, dégoût, rejet, curiosité maladive, rire — liste à compléter.

Désigné comme tel avant même que je puisse le réaliser. On m’a dit que j’étais pédé avant de connaître la signification du mot et la force du signifiant de cette injonction. C’était un ordre : j’étais pédé, que je le sache ou non c’était pareil. Il s’est avéré effectivement que je l’étais, ce que j’ai compris quelques années après avoir entendu ces insultes proférées à mon encontre, ou non.

La singularité prescrite impose un sentiment d’étrangeté à la société. La norme ne peut pas convenir, alors on s’y oppose ; impossible de s’y adapter, on se construit contre elle. Je me suis construit contre la société et ses règles, ce qui, maintenant, dans une vie de presque adulte, est difficile à assumer.

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On me pose souvent deux questions auxquelles je voudrais répondre ici, une bonne fois pour toutes.

Est-ce que c’est dur d’être homosexuel.

Non ce n’est pas, dur, personnellement ça me convient. Ce qui est dur, c’est la perception de l’homosexualité par autrui. Sans ça.

Ce qui est difficile, si l’on considère le couple comme partie intégrante d’accès au bonheur, c’est de trouver un ou une partenaire. La plupart des relations sont vécues dissimulées, dans une sorte de ghetto mental, dans un jeu perpétuel de cache-cache et de mensonges. L’homophobie persiste malgré tout, et ça ne facilite pas les sorties de placard. Le refoulement prend une place démesurée dans la vie homosexuelle, jusqu’à contaminer les relations extra-conjugales.

Quand est-ce que tu as compris que tu étais homosexuel.

À cette question, je réponds : et toi ? C’est vrai, ce n’est jamais une question qu’on pose à ceux qui conviennent à la norme, on n’y pense même pas d’ailleurs. Or, rien de mieux qu’ils répondent à cette question par eux-mêmes, en faisant appel à leurs référents personnels. On ne s’apprend singulier que par le jeu des comparaisons.

Le principe serait intéressant : confronter l’hétérosexuel à toutes les questions auxquelles l’homosexuel se doit de répondre tous les jours. Essayons pour voir.