Juillet

Les années peuvent s’enfuir, les passions se succéder : aimer se traduit très bien par le verbe essayer. Leur synonymie se fait à chaque rencontre plus évidente. Essayer, puis essuyer.

Gilles Leroy, Grandir.


Aller à la rencontre d’Arles est toujours décevant, on dit que c’était mieux l’année dernière, et l’année précédente on disait pareil alors je vois pas bien pourquoi on y retourne. Hier soir nous sommes allés dans ce restaurant italien avec la petite dame derrière le comptoir, le même que l’été dernier tu t’en souviens ? on y était retournés le lendemain mon père une fois reparti, avec ton cousin et tu étais la aussi, il était silencieux ton cousin il disait rien, et toi tu étais encore beau et souriant. Hier soir les serveurs étaient les mêmes avec une année dans les dents toi tu n’es plus là pour me suivre dans les rues.

En sortant de l’archevêché il y avait cette boutique souvenir j’ai voulu t’acheter un carnet avec ces phrases écrites dedans mais je ne l’ai pas fait, au dernier moment je me suis résigné. Je voulais te l’acheter oui, pour toi, le maudit, et le glisser dans ta boite aux lettres pour que tu le découvres et que tu me lises. Tu m’aurais haï, tu aurais continué ta guerre mal-sainte, alors à quoi bon ça coute cinq euros en plus. La couverture du carnet était laide. Les larmes corrosives auraient brulé un peu du papier tu n’aurais pas manqué de le voir et ça t’aurait fait plaisir. Je ne veux pas te faire plaisir c’est la dernière des choses qu’il me reste de toi ta souffrance.


Le matin.

Il n’y a rien dans mes yeux que tes boucles blondes qui s’y reflètent toujours, ou alors tu étais brun mais tu n’étais pas bouclé j’invente pour mieux souffrir < faute de frappe, il aurait fallu écrire j’invente pour mieux sourire mais ça sonne moins bien >. Aujourd’hui quand je te vois je n’ai plus la nausée, te voir en photo bien sûr, ce soir où j’ai montré mes années à un ami et tu étais partout sur toutes les photos de ma vie, je n’ai pas eu la nausée ni l’envie de toi en même temps comment avoir envie de toi, pour un détail. L’amour de toi seul ne pourrait pas être remplacé par celui d’aucun d’entre eux.

J’ai encore ce vêtement pourquoi je le garde. Tu ne l’aimais pas c’est pour ça que tu me l’as donné un matin où j’avais oublié ma rechange. Ce n’est pas tout ce qu’il me reste de toi, il manque le plus lourd à porter sur les épaules, le poids. J’ai failli un matin, j’ai voulu le donner à l’association en bas de ma rue qui cherche des vêtements et puis non, personne d’autre ne le porterait.

Le soir.

Je bosse sous mes draps. Quand je jaillis j’essaye de me défaire de toi de ton cuir tanné de ton sillon pas si imberbe qu’on ne le croie. J’échoue, je m’enlise et je geins. C’est récent ces résurgences tu le fais exprès.

Parfois je rêve que tu n’existes plus et que tu n’aies jamais existé.


Il y avait ces moments d’infinie douceur quand tu cessais franchement ta comédie, ton corps tremblait sous mes caresses. Dans un bus tu t’endormais et ta tête tombait sur mon épaule. L’instant d’après tu t’énervais pour un rien tellement tu souffrais de cette douleur, je pensais qu’elle s’éteindrait mais elle n’a fait qu’enfler sans que je m’en rende compte. Ta douleur n’efface pas ta faute. Le masque aurait pu se découdre lentement la couture sur la peau se défaire d’elle-même. C’était trop tard il était collé d’une force, la déchirure serait trop puissante impossible à endurer.

Tu penses savoir de qui je parle mais tu n’en sais rien, tu te fourvoies, tu n’es pas le centre tu ne l’es plus depuis longtemps. Cesse de te reconnaître partout j’ai d’autres vies que la tienne, mais toi as-tu d’autres vies que la mienne, maintenant que je ne suis plus là. Tu y crois.


Je me souviens de tout et tu ne te souviens de rien.

Je sais des choses qui te feraient frémir.


 

 

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