La playlist de ma vie

Lieu commun : la musique est universelle. Ou alors c’est un cri qui vient de l’intérieur, je ne sais plus trop. On acquiert la faculté d’écoute musicale spontanément ; toutes sociétés, même les plus primitives, ont cette capacité et sont sensibles à la musique.

Fin du lieu commun.

J’ai toujours trouvé intéressant la manière dont les goûts musicaux d’une personne la définissent, comment ils sont le reflet des individualités. Et ce de manière bien plus intensive que d’autres formes d’art ; je considère ainsi la musique comme exceptionnellement commune, courante et massive, elle se répand dans *quasi* toutes les couches de la société, sans distinction. Selon moi, la musique est réellement le miroir des subjectivités, et ce pour une raison principale : l’importance du capital culturel d’un sujet, qui découle directement des premiers cercles de socialisation (la famille, le quartier que l’on fréquente, l’école etc.), et ensuite le parcours individuel d’un sujet dans son environnement ; ces choses sont peu ou prou formatrices des appétences musicales des individus. Plus simplement, pourquoi on écoute telle ou telle musique ? ou plutôt, qu’est-ce qui nous amène à écouter telle ou telle musique, et également, qu’est-ce qui fait qu’on l’apprécie, ou non.

Je ne vais pas tenter de répondre à cela, ce n’est pas le lieu ici.

Dans cette idée, je me suis demandé quels étaient mes goûts musicaux, les morceaux qui m’ont marqué – et pourquoi ? –, et la provenance de ces goûts musicaux ; une sorte d’introspection, d’autoanalyse, en essayant de se prémunir au maximum du nombrilisme. Haha. 

Le plus difficile, c’est évidemment de sélectionner. De sélectionner qu’une seule chanson. Si je m’écoutais, il y aurait dans cet article au moins une centaine de titres, ce serait totalement indigeste.

Pour vous faire partager les morceaux que j’évoque, j’ai mis des liens YouTube. Non pas par attrait pour cette plateforme de streaming, mais parce que c’est ce que j’ai trouvé de plus simple. Libre à vous d’écouter tout ça sur Deezer, Spotify ou autre, pour un confort de lecture bien supérieur. 

Souvenir d’enfance

Le premier souvenir musical ? Évidemment, c’est impossible de tenter de trouver le premier morceau qu’on a écouté de notre vie. Mais quand je pense à un morceau qui m’a marqué tout petit, c’est immédiatement les Rolling Stones qui me viennent à l’esprit. Pas un morceau en particulier, juste les Rolling Stones, la voix de Mick Jagger – je pense maintenant que ma mère a toujours été amoureuse de lui –, et ce son de guitare assez spécifique. C’est clairement le groupe mythique de ma mère, celui de sa jeunesse, voire de sa vie.

Un jour, en voiture, cette chanson est passée : You Can’t Always Get What You Want. C’était énorme. J’étais tout petit, mais je me souviens avoir trouvé ça vraiment énorme. Mon frère a tenté de m’expliquer le sens des paroles en français. Ensuite, c’est moi qui tentait tant bien que mal de traduire les chansons en anglais que j’écoutais, à l’aide de Google Translate bien évidemment.

La plus belle chanson de la terre

C’est assez récemment, lors d’un long trajet en voiture, que m’est venu l’idée d’écrire cet article. (note : les longs trajets, en voiture, en train ou que sais-je, permettent souvent de faire émerger des idées plus ou moins bonnes). Lors d’un long trajet en voiture, donc, c’est ma mère qui s’est occupé de la programmation musicale. Elle a mis Bridge Over Trouble Water de Simon and Garfunkel, et c’est là que je me suis dit c’est vraiment la plus belle chanson de la terre. Maintenant, je tente d’être rationnel, scientifique presque (oh mince), en me demandant pourquoi je considère particulièrement cette chanson comme étant l’ultime. Je n’arrive pas à l’expliquer, naturellement.

Assez parlé, écoutons plutôt.

L’amour naissant

« C’est beau, je sais, l’amour naissant », Sebastien Tellier – L’amour Naissant

On est adolescent, on tombe amoureux, on pense que c’est le seul et l’unique ; on est très naïf, mais que c’est beau la naïveté.

Il est venu le temps d’évoquer un pilier de ma musique. Nous avons tous ces piliers, ces artistes auxquels on se réfère quoiqu’il arrive. Ceux qui me connaissent ne seront pas dépaysés. Il est temps de parler de Véronique Sanson.

Je n’explique toujours pas mon amour pour elle, même s’il est total (le choix des mots est pertinent, je la considère réellement comme un guide spirituel, une lumière dans ma vie). Elle a écrit et chanté des choses qui m’ont aidé à vivre. Mais alors d’où vient cet amour ? Dans ma famille personne n’a jamais vraiment écouté Véronique Sanson, d’ailleurs ma mère n’aime pas trop. Je me souviens lorsque j’écoutais en boucle l’entièreté de ses albums dans ma chambre, avec le volume très fort, ma mère qui passait devant et soufflait d’exaspération. Elle l’appelait la chèvre, en référence à son vibrato si caractéristique. Si cet amour ne vient pas du cercle familial, il ne vient pas non plus de mon environnement. On ne peut pas réellement dire que ce soit une chanteuse de ma génération, bien au contraire. Encore aujourd’hui, je suis assez seul dans cette admiration totale ; les seules avec qui j’ai pu partager cela, ce sont quelques amies de ma mère, soit des femmes quarantenaires. Je précise ici, en guise de rappel, que je ne suis pas une femme, et que je ne suis assez loin de la quarantaine.

Bon, l’amour naissant. Bien sûr, c’est Amoureuse, dont le texte signifiait tant pour moi alors. J’avais quatorze ans, je tombais amoureux pour la première fois, c’était intense, secret et si intime, et il y avait cette chanson dans mes oreilles, souvent.

« Une nuit je m’endors avec lui
Mais je sais qu’on nous l’interdit

Quand je prends sa tête entre mes mains
Je vous jure que j’ai du chagrin
Et je me demande
Si cet amour aura un lendemain

Quand il me serre tout contre lui
Quand je sens que j’entre dans sa vie
Je prie pour que le destin m’en sorte »

Véronique Sanson – Amoureuse

La rupture

Snif. Déconvenue. L’amour est une illusion, la vie c’est de la merde, bla-bla-bla.

Toute rupture a sa chanson.

Et il y a celle de toutes les ruptures, celle qui dit tout.

Cette chanson est chantée par Catherine Deneuve dans un très beau film. En plus de celle-ci, je vous invite à écouter la discographie complète d’Alex Beaupain (le compositeur de cette chanson), l’une des plus belles écritures de la chanson française.

Le défouloir

Il nous faut cette chanson, c’est impératif. Celle qu’on écoute lorsqu’on a trop retenu de larmes, celle qu’on écoute pour inonder les coussins. C’est le défouloir.

C’est là qu’intervient Antony & the Johnsons. J’ai découvert cet artiste grâce à un cousin. Avant même de prendre des cours de piano, j’ai commencé à marteler les touches noires et blanches du clavier pour jouer ses chansons, je voulais toutes les reprendre, c’était inconditionnel. Aujourd’hui encore, chaque écoute est un bouleversement.

Écoutez tous ses albums, réécoutez-les encore.

Souvent on aime quelque chose, une chanson, un album ; mais on finit toujours par s’en lasser. Je n’ai jamais réussi à me lasser d’Antony, au fil des années il demeure. Pourtant on peut dire que j’ai fait en sorte de m’en lasser, c’est-à-dire qu’il était là toute la journée, dans mes oreilles, et puis encore et toujours là. Si seulement il ne pouvait ne jamais en partir.

Pour danser

Retournons à des choses plus gaies. Au sens propre du terme.

En écrivant ceci j’ai redécouvert le clip qui va avec cette chanson, c’est assez énorme. Le rythme est fou, ça s’accélère, et il y a les voix aériennes de ces deux-là … Il faut danser maintenant, dans des pantalons aux coupes aujourd’hui improbables, et avec ces lumières acides, rose, vert, violet, c’est doux mais ça pique.

C’est l’heure du dessert (crac-crac)

C’est l’instant cocasse.

D’abord il faut raconter quelque chose. Vincent Dedienne commence son spectacle avec la musique que j’ai sélectionné ici. Quand je suis allé voir le spectacle donc, et qu’il est arrivé complètement nu, sur cette musique, j’ai réellement cru qu’on allait coucher ensemble. La salle avait disparu, il n’y avait plus que lui et moi, et un rapport sexuel imminent. Bon rapidement il s’habille et son spectacle peut enfin commencer.

Tout cet album de Sébastien Tellier est revêtu d’une tension. Je ne sais pas si c’est la meilleure chanson pour faire crac-crac, mais il est certain que ça donne quelques idées.

Plus sérieusement, il faut impérativement faire un tour chez Cigarettes After Sex ou Rhye dans cette thématique, qui ont déjà fait leurs preuves et le feront encore longtemps.

Encore un peu de dessert ?

Pour la fois d’après, il faut mettre celle-ci :

Au lit maintenant

Pour dormir, quoi de mieux qu’un peu de piano, un paysage de bretagne ? La mer, le sable froid, un piano noir planté là, et les marteaux qui tapent frénétiquement sur les cordes pour déverser une mélodie qui paraît simple.

Je n’arrive pas à me défaire de cet album, EUSA de Yann Tiersen. C’est beau, c’est simple.

Trajet en avion

En raison d’un éloignement paternel, j’ai dû prendre l’avion peut-être une centaine de fois pour effectuer le trajet Marseille-Toulouse, Toulouse-Marseille, à toutes les vacances scolaires. C’est assez rapidement indigeste, répétitif, tant et si bien que dès que j’ai pu, j’ai effectué ces trajets en train.

Dernièrement, je suis allé en Sicile, et il est difficile d’y aller autrement que par la voie des airs. Quelle angoisse, j’ai vis-à-vis de l’avion un relationnel compliqué. En d’autres mots, lors de ce dernier voyage en avion, je pensais sincèrement que j’allais mourir dans cette carlingue. Il n’était pas question de mettre une musique pour me détendre, de toute manière il était certain que rien ne pouvait me procurer la moindre relaxation.

Alors qu’est-ce qu’on écoute lorsqu’on est persuadé de notre mort imminente ? Lorsqu’on est persuadé que c’est peut-être le dernier album.

Le dernier album de David Bowie était une évidence, et plus particulièrement ce morceau :

Les absents

Il en manque tellement. Cet article pourrait faire des dizaines de pages. En voici encore quelques uns si vous avez du temps à perdre pour découvrir, ou re-découvrir.

Chez les français, William Sheller, Etienne Daho, Gérard Manset, Alain Bashung Jean Louis Murat, Gainsbourg, Françoise Hardy, Barbara bien sûr, Frànçois and the Atlas Moutains un peu, Benjamin Biolay …

Chez les autres, Sade, James Blake, Pink Floyd, Lana Del Rey, Jeff Buckley, Nick Drake, Melody Gardot, la seule et unique Nina Simone, John Coltrane, The Doors …